Depuis quelque temps, plusieurs demandes en ergothérapie concernent le TDAH et les difficultés d’autonomie dans les routines quotidiennes. Plusieurs parents rapportent devoir accompagner leur enfant à chaque étape de la routine du matin ou du soir, même lorsque celui-ci est plus âgé. Ces périodes de la journée sont souvent particulièrement exigeantes, notamment en raison de la fatigue, des difficultés à se réveiller ou encore parce que l’effet de la médication est diminué.
Avant tout, il est important de comprendre que le TDAH ne se manifeste pas seulement par de l’agitation ou un manque d’attention. Les enfants ayant un TDAH présentent souvent davantage de défis sur le plan de l’organisation, de la planification, de la mémoire et de la gestion des distractions. La régulation des émotions et du niveau d’éveil peut également être plus difficile.
Ainsi, demander à un enfant ayant un TDAH de réaliser une routine exactement comme un adulte le ferait n’est pas toujours réaliste, surtout lorsqu’il est fatigué ou qu’il n’est pas encore complètement réveillé. Pour illustrer cette réalité, imaginez qu’on vous demande de résoudre un casse-tête complexe dès votre réveil, avant votre premier café, ou encore après une très longue journée de travail lorsque vous êtes complètement épuisé. Vous pourriez probablement y arriver, mais cela vous demanderait beaucoup plus d’efforts et vous risqueriez davantage de commettre des erreurs ou d’oublier certaines étapes. Chez l’enfant ayant un TDAH, cette sensation est souvent amplifiée. Parfois, demander de compléter une routine complexe lorsqu’il est fatigué ou peu disponible revient un peu à demander à quelqu’un de courir un marathon avec ses lacets attachés ensemble : ce n’est pas impossible, mais les risques de trébucher sont beaucoup plus grands!
Une question utile à se poser est donc : l’exigence de la tâche ou de la routine est-elle adaptée à son niveau actuel de disponibilité et de régulation? Très souvent, la réponse est non.
Un aspect souvent oublié est d’observer à quels moments de la journée votre enfant est le plus ou le moins disponible pour réaliser certaines tâches. Certains enfants fonctionnent très bien juste après l’école, alors que d’autres ont besoin d’une période de récupération avant d’entreprendre leurs devoirs ou leur douche. D’autres seront particulièrement désorganisés tôt le matin avant que leur corps et leur cerveau soient pleinement réveillés. En observant les périodes où les difficultés sont les plus importantes, il devient plus facile d’adapter les attentes et de placer les tâches les plus exigeantes aux moments où l’enfant dispose de plus d’énergie, d’attention et d’autorégulation. Plutôt que de lutter contre son fonctionnement, on travaille alors avec celui-ci.
Mon premier conseil est donc de réduire les exigences lorsque l’enfant est plus vulnérable, particulièrement en fin de journée. Une bonne stratégie consiste à réaliser les tâches demandant le plus d’effort cognitif plus tôt en soirée, lorsque la médication est encore active et que l’énergie est meilleure. Les devoirs, les leçons ou encore la douche, qui comporte plusieurs étapes à suivre, peuvent être réalisés à ce moment. Les activités plus relaxantes, comme le jeu libre, la lecture ou un moment devant la télévision, peuvent ensuite être réservées à la fin de la soirée.
D’ailleurs, la douche après l’école peut parfois remplir deux fonctions à la fois : accomplir une tâche de la routine tout en offrant un moment de régulation sensorielle et de détente. Deux bénéfices en une seule activité!
Le matin, il peut être pertinent de mettre davantage en place des stratégies de compensation. Préparer les vêtements, la boîte à lunch ou la bouteille d’eau la veille réduit la charge mentale au réveil. Une liste visuelle des éléments à ne pas oublier avant de quitter la maison peut également aider l’enfant à développer progressivement ses habiletés organisationnelles et réduire l’exigence cognitive le matin.
Enfin, certains outils technologiques peuvent être très efficaces. L’application Kids To Do List, par exemple, offre des rétroactions visuelles et sonores à chaque étape de la routine, ce qui peut soutenir la motivation et aider l’enfant à compléter sa séquence d’actions de façon plus autonome.
Il existe bien sûr de nombreuses autres stratégies pouvant être adaptées aux besoins de chaque enfant. Toutefois, ces quelques pistes sont parmi celles que j’utilise le plus fréquemment en intervention et qui donnent souvent de bons résultats.
J’espère que ces réflexions vous permettront de mieux comprendre les défis liés au TDAH et, peut-être, de rendre les routines quotidiennes un peu plus simples pour toute la famille!




